La montée en puissance des assistants d’intelligence artificielle générative, tels que ChatGPT, bouleverse le paysage de la recherche en ligne et fragilise davantage un écosystème médiatique déjà en difficulté. En remplaçant les recherches traditionnelles, ces outils réduisent le trafic des sites d’information, ce qui a un impact direct sur leurs revenus publicitaires et leurs capacités à convertir les visiteurs en abonnés. Face à cette évolution, les éditeurs sont contraints de repenser leurs stratégies afin de s’assurer de leur survie à long terme.
La montée fulgurante des assistants basés sur l’intelligence artificielle, comme ChatGPT, rebat les cartes du paysage médiatique. Ces avancées technologiques, en perturbant les méthodes traditionnelles de recherche en ligne, engendrent une diminution du trafic vers les sites d’actualités. Ce phénomène, jugé alarmant par de nombreux acteurs du secteur, menace la viabilité économique de médias déjà en difficulté, réduisant leur nombre de visiteurs et leur revenu publicitaire.
Un secteur en sursis
Le défi se présente comme un coup de massue pour un secteur qui lutte déjà pour sa survie. Selon Matt Karolian, vice-président de la recherche et du développement au sein de Boston Globe Media, les années à venir s’annoncent particulièrement complexes. « Personne n’est à l’abri de la tempête des résumés alimentés par l’IA qui se profile à l’horizon », prévient-il. Cela souligne l’urgence pour les éditeurs de trouver des solutions viables.
Diminution du trafic
Un rapport du Pew Research Center met en évidence une tendance inquiétante : les résumés générés par l’IA, souvent affichés dans les résultats de recherche de Google, incitent les utilisateurs à moins cliquer sur les liens menant aux articles source. En effet, lorsque ces résumés sont présents, le taux de clics sur les liens suggérés diminue de moitié. Pour un média en ligne qui dépend du volume de trafic pour générer des revenus publicitaires ainsi que des conversions d’abonnements, c’est un coup dur.
La nécessité de s’adapter
Face à cette dynamique, de nombreux éditeurs examinent de nouvelles stratégies pour s’adapter. John Wihbey, professeur à l’Université Northeastern, prédit que la situation ne fera qu’empirer, modifiant radicalement le paysage du web tel que nous le connaissons. À l’origine déjà fragilisés par l’emprise des géants de la technologie comme Google et Meta, qui ont considérablement réduit les revenus publicitaires des médias en ligne, les éditeurs ressentent le besoin pressant de s’orienter davantage vers les abonnements payants.
Les défis des abonnements
Cependant, la viabilité de cette approche reste compromise. Les abonnements dépendent directement du trafic, et il apparaît que la seule base d’abonnés payants n’est pas suffisante pour soutenir les grandes structures médiatiques. Le groupe Boston Globe a récemment vu des abonnés s’inscrire via des plateformes comme ChatGPT, mais ces chiffres restent modestes comparés à d’autres plateformes, ce qui soulève des inquiétudes quant à la pérennité de ce modèle.
Générative Engine Optimization : une nouvelle approche
Dans le but de survivre à l’inévitable changement, certaines entreprises de médias se tournent vers la GEO (Générative Engine Optimization), une technique visant à remplacer le SEO traditionnel. Ce processus consiste à fournir des modèles d’IA avec des contenus correctement étiquetés, une structure claire, des textes compréhensibles, ainsi qu’une forte présence sur les réseaux sociaux et les forums tels que Reddit. Ce type d’approche est crucial pour s’assurer que les entreprises d’IA ainsi que leurs modèles d’apprentissage profitent des contenus des médias.
Le dilemme des éditeurs
Cependant, cette stratégie présente un dilemme : bloquer les robots d’IA protège le contenu mais limite l’exposition des médias à de nouveaux lecteurs potentiels. Pour contrer ce défi, les dirigeants des médias envisagent de rouvrir l’accès aux modèles d’IA, bien que même avec cette ouverture, le succès ne puisse être garanti. Les données d’OtterlyAI révèlent que les médias ne représentent que 29% des citations données par ChatGPT, bien loin derrière les sites d’entreprise à 36%.
Les enjeux au-delà des modèles économiques
Les enjeux dépassent la simple question de la viabilité économique. Selon le Reuters Institute, environ 15% des jeunes de moins de 25 ans se tournent désormais vers l’intelligence artificielle pour s’informer, soulevant des questions sur la fiabilité des sources et la transparence des informations. Tout comme les réseaux sociaux ont pu le faire par le passé, cette nouvelle dynamique risque de brouiller les pistes pour les lecteurs quant à l’origine et à la crédibilité des nouvelles.
Vers un avenir incertain
Malgré ces incertitudes, il est essentiel de rappeler qu’à la base de toute cette technologie se trouve le journalisme d’investigation. « À un moment donné, quelqu’un doit faire le reportage », a déclaré Karolian, mettant en lumière l’importance cruciale d’un journalisme original pour alimenter les plateformes d’IA. De leur côté, des entreprises comme Google commencent déjà à établir des partenariats avec des organisations médiatiques pour alimenter leurs fonctionnalités d’IA, ce qui pourrait représenter une potentielle voie d’avenir.
La question demeure : cette prise de conscience par les plateformes, sur l’importance de l’infrastructure médiatique, viendra-t-elle avant qu’il ne soit trop tard pour les salles de rédaction déjà en difficulté ?
EN BREF
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